Le Conjuré de Tadic-coz

Le Conjuré de Tadic-coz
Ceci se passait au temps ou Tadic-coz était recteur de Bégard. Tadic-coz s'y appelait de son vrai nom Monsieur Guillermic. C'était un curé à la mode d'autrefois. Un brave vieux bonhomme qu'on rencontrait
plus souvent par les chemins et dans les champs qu'au presbytère.

Des montagnes d'Arez à la <<mer grande>>, il était connu d'un chacun ; Il avait une charité d'âme extraordinaire. Et comme Jesus-Christ, ceux qu'il aimait le plus, c'étaient les petites gens, les pauvres paysans, les journaliers, les pâtres.
Moi qui vous parle, je l'ai connu. Je l'ai connu longtemps et je ne l'ai connu que vieux. J'ai entendu raconter qu'il était plus vieux que la terre, qu'il était mort dix fois, et que dix fois il était ressuscité.
Je puis vous faire son portrait. Il avait le dos voûté, les cheveux longs et blancs. On n'aurait su dire si sa figure était d'un vieillard ou bien d'un enfant ? Il riait toujours et goguenardait volontiers. Sa soutane était faite de pièces et de morceaux, comme on dit, mais il y avait encore plus de trous que de morceaux. Dès
le matin, sa messe dite, il partait en tournée.

On le <bonjourait> au passage. Il s'arretait, engageait la conversation par une phrase, toujours
la même : - contes d'in ho stad, va bugel. Me ho bo stad, ho Tadic-coz ! ( Contez-moi votre état mon enfant ? C'est moi qui suis votre père, votre vieux petit père.) C'est pour cela que l'on avait fini par ne l'appeler plus que Tadic-coz ( vieux petit père.) On l'aimait et on le vénérait. On le craignait aussi.
Car ce n'était pas seulement un bon prêtre, c'était encore un prêtre savant à qui Dieu, disait-on, avait donné
autant de pouvoirs qu'au pape. Les gens qui connaissent quelque peu les choses de ce monde se croient de grands magiciens. Tadic-coz, lui, possédait à la fois tous les secrets de la vie et tous les secrets de la mort.
On prétends que , de temps en temps, il passait la tête dans le soupirail de l'enfer, demeurait penché sur l'abîme et conversait avec les diables. Toujours est-il que, pour célébrer l'oferndrantel, il n'avait pas son pareil. L'on le venait consulter de tout le pays breton et même du pays gallo.
Quand il ne pouvait sauver une
âme, au moins l'obligeait-il à se mettre en repos. Jamais il n'y a eu de prêtre sachant conjurer, comme Tadic-coz.
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# Posté le mardi 22 janvier 2008 05:55

Modifié le mardi 22 janvier 2008 11:35

Dicton Breton

Dicton Breton
On boira du lait quand les vaches mangeront du raisin!
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# Posté le mardi 22 janvier 2008 05:57

Modifié le mardi 22 janvier 2008 12:09

Le Trésor du Roc Trévézel

Le Trésor du Roc Trévézel
Le Roc Trévezel renferme un saint qu'on appelle "Ar-Zantic-coz"
et qui possède toutes les vertus. Pour obtenir de lui tout ce que l'on
désire, il faut lui passer la main sur la tête et la frotter doucement.
Mais la montagne ne s'ouvre que tous les onze cents ans et pour que
le saint daigne sortir, il faut l'envoyer chercher par un enfant qui ait
juste onze ans ce jour là.
Un savant anglais se rendit à ce lieu accompagné d'un jeune enfant à
la date prévue pour l'ouverture de la montagne. L'enfant pénétra dans une
salle ou se trouvait un tas de pommes, mais point de saint. dans une
seconde salle l'enfant trouva des pommes encore plus belles; il en croqua
tant et si bien que les douze coups de midi sonnèrent.
L'enfant se retrouvât prisonnier de la montagne qui s'était refermée.
Les jours passent et l'enfant qui se nourrissait de pommes, voit le tas
diminuer. Atteignant les dernières pommes, le gamin trouve un morceau de
bois et s'écrie :
- Ce doit être le saint !
Il lui frotte la tête, et une voix qui semble sortir du morceau de bois
lui demande :
- Que te faut-il ?
- Je veux pouvoir m'ensoleiller sur le haut de la roche, au lieu de
moisir dans ses flancs.
En un instant le gamin se retrouve dehors.
A partir de ce moment, et en frottant la tête du saint, l'enfant exauça
ses nombreux v½ux. Il se fit construire un palais ou il vécut en compagnie
de sa mère qu'il avait rajeunie de trente ans. Puis il voyagea dans une
calèche à douze chevaux en direction de Paris. Il causa des dégâts et
le Roi fit cerner son hôtel, mais le pouvoir du saint anéantit l'armée du
Roi qui proposa au garçon sa fille en mariage. La nuit de noces,
la princesse fut surprise de voir son mari déposer à l'angle de la
cheminée un vieux morceau de bois vermoulu.
Mais quelques jours plus tard, la princesse entendit un chiffonnier
qui proposait d'échanger des saints neufs contre des vieux.
Elle échangea le vieux saint de bois, contre un tout neuf en plâtre
( pensant ainsi faire plaisir à son mari).
A son retour, le mari saisit le saint et le brisa. Il courut à la
recherche du chiffonnier. Le rejoignit et lui proposa d'acheter tout son
étal au double de son prix, trop heureux d'y retrouver son Zantic-coz.
Mais lorsqu'il lui frotta la tête, le saint lui répondit "je ne peux
plus rien pour toi.
D'ailleurs il est temps que tu te tiennes tranquille.
Tes v½ux ont étés accomplis jusqu'à ce jour. Habitue toi désormais
à ne plus rien désirer. Moi, je retourne à Roc Trévezel attendre encore
onze cents ans qu'un autre vienne me chercher pour faire son bonheur.
Ainsi le trésor des monts d 'Arrée est comme ce saint.
Il ne se livre pas à tous....

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# Posté le mardi 22 janvier 2008 05:58

Pensées Celtes " Merlin le Fou"

Pensées Celtes " Merlin le Fou"
Du temps où j'étais barde dans le monde,
j'étais honoré de tous les hommes.
Dès mon entrée dans les palais,
on entendait la foule pousser des cris de joie.
Sitôt que ma harpe chantait,
des arbres tombait l'or brillant.
Les rois du pays m'aimaient ;
les rois étrangers me craignaient.
Le pauvre petit peuple disait :
"Chante, Merlin, chante toujours."
Ils disaient, les Bretons :
"Chante, Merlin, ce qui doit arriver."
Maintenant, je vis dans les bois ;
personne ne m'honore plus maintenant.
Loups et sangliers, dans mon chemin,
quand je passe, grincent des dents.
Je l'ai perdu, ma harpe ;
ils sont coupés, les arbres
d'où tombait l'or brillant.
Les rois des Bretons sont morts,
les rois étrangers oppriment le pays.
Les Bretons ne disent plus :
"Chante, Merlin, les choses à venir."
Ils m'appellent Merlin le fou,
et tous me chassent à coups de pierre.


inspiré par des fragments de chants populaires Bretons-Armoricains recueillis vers l'année 1820 et groupés par Hersart de la Villemarqué sous le titre Merlin dans son recueil, le Barzaz-Breiz (citation : Jean Markale).

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# Posté le mardi 22 janvier 2008 05:59

Modifié le lundi 28 janvier 2008 11:10

L'Ofern Drantel

L'Ofern Drantel
Autrefois, c' était l'habitude de faire célébrer pour chaque défunt une trentaine,
c'est-à-dire une série de trente services. Les prêtres disaient les vingt-neuf premières messes à leur église
de paroisse. Mais la trentième, il était d'usage de l'aller dire à la chapelle de Saint Hervé, sur le sommet du Menez-bré. C'est cette messe de trentaine que les bretons appellent Ann ofern drantel.

Elle se célébrait à minuit. On la disait à rebours, en commençant par la fin. Sur l'autel, on n'allumait qu'un
des cierges. Tous les défunts de l'année se rendaient à cette messe, tous les diables aussi y omparaissaient. Le prêtre qui l'allait dire devait à la fois être très savant et très hardi . Dès le bas de la montagne , il se déchaussait et gravissait la pente, pieds nus, car il fallait qu'il fût prêtre
<< jusqu'à la terre >>.
Il montait, tenant d'une main un bénitier d'argent, brandissant de l'autre un goupillon et faisant de tous cotés de continuelles aspersions. Souvent, il avait peine à avancer, tant
se pressaient autour de lui les âmes défuntes, avides de recevoir quelques gouttes d'eau bénite et de se procurer de la sorte un soulagement momentané. La veille, il avait fait porter dans la chapelle un fort
sac de graines de lin. La messe dite, il commençait l'appel des diables, dans le porche. Ils accouraient en poussant des hurlements sauvages.

C'était le moment terrible. Malheur à l'officiant, s'il perdait la tête ! Il imposait silence aux démons, les faisaient défiler devant lui un à un , les obligeant à montrer leurs griffes pour voir si l'âme des défunts, à l'intention de qui il avait célébré ofern drantel, n'était pas tombée en leur possession, puis les renvoyait à mesure, en
distribuant à chacun une graine de lin, car les diables ne consentent jamais à s 'en aller les mains vides. S'il commettait une seule omission, il était contraint, en échange, de livrer sa propre
personne. Il encourait donc sa damnation éternelle.
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# Posté le mardi 22 janvier 2008 06:01

Modifié le mardi 22 janvier 2008 11:24