plus souvent par les chemins et dans les champs qu'au presbytère.
Des montagnes d'Arez à la <<mer grande>>, il était connu d'un chacun ; Il avait une charité d'âme extraordinaire. Et comme Jesus-Christ, ceux qu'il aimait le plus, c'étaient les petites gens, les pauvres paysans, les journaliers, les pâtres.
Moi qui vous parle, je l'ai connu. Je l'ai connu longtemps et je ne l'ai connu que vieux. J'ai entendu raconter qu'il était plus vieux que la terre, qu'il était mort dix fois, et que dix fois il était ressuscité.
Je puis vous faire son portrait. Il avait le dos voûté, les cheveux longs et blancs. On n'aurait su dire si sa figure était d'un vieillard ou bien d'un enfant ? Il riait toujours et goguenardait volontiers. Sa soutane était faite de pièces et de morceaux, comme on dit, mais il y avait encore plus de trous que de morceaux. Dès
le matin, sa messe dite, il partait en tournée.
On le <bonjourait> au passage. Il s'arretait, engageait la conversation par une phrase, toujours
la même : - contes d'in ho stad, va bugel. Me ho bo stad, ho Tadic-coz ! ( Contez-moi votre état mon enfant ? C'est moi qui suis votre père, votre vieux petit père.) C'est pour cela que l'on avait fini par ne l'appeler plus que Tadic-coz ( vieux petit père.) On l'aimait et on le vénérait. On le craignait aussi.
Car ce n'était pas seulement un bon prêtre, c'était encore un prêtre savant à qui Dieu, disait-on, avait donné
autant de pouvoirs qu'au pape. Les gens qui connaissent quelque peu les choses de ce monde se croient de grands magiciens. Tadic-coz, lui, possédait à la fois tous les secrets de la vie et tous les secrets de la mort.
On prétends que , de temps en temps, il passait la tête dans le soupirail de l'enfer, demeurait penché sur l'abîme et conversait avec les diables. Toujours est-il que, pour célébrer l'oferndrantel, il n'avait pas son pareil. L'on le venait consulter de tout le pays breton et même du pays gallo.
Quand il ne pouvait sauver une
âme, au moins l'obligeait-il à se mettre en repos. Jamais il n'y a eu de prêtre sachant conjurer, comme Tadic-coz.



