Dans le soir qui descend, lugubre à l'infini
Les grands ajoncs craintifs ont cesse leur murmure,
Et ces fous de lutins, que la nuit seule endure,
Ont soudain détalé devant le char maudit.
Il vient du Saint-Michel, tout droit par les tourbières,
Sans crainte de périls qu'il trouve a chaque pas,
En chassant les damnés qui, depuis leurs trépas,
Tourbillonnent en vain dans un vol de sorcières.
Karrigel-aan-Ankou, qui fait taire les plaintes,
Et qui, passé minuit, règne dans les marais,
Régissant les maudits tassés dans les genets,
A surgi tout à coup, balayant les complaintes.
Perfide « Bugel noz », korrigans fanfarons,
Dans les sentiers moussus qui dansez la gavotte,
Entendez vous ce rire infernal qui dénote
L'approche de la mort, à l'entour des buissons ?
Mais là bas, au lointain que les ténèbres noient,
La rafale a repris son chant démesuré ;
Dans Botmeur endormi, les chiens alors aboient,
En sentant dans le vent passer l'éternité !
L'Elez aux froides eaux, ou la fièvre maligne
Poursuit sans se laver d'inconsistants feux follets,
Repousse sans vergogne un peuple d'intersignes
Que suivent acharnes de sinistres barbets
Karrigel-an-Ankou s'approche et sur sa route
C'est le farouche assaut, parmi les saules nains,
Du peuple des damnés réprouvant leur destins,
Ecumant de la rage immortelle du doute.
Jusqu'au Roc Trevezel, qu'un grincement effraie,
Un frisson glacial lèche le granit dur,
Et le chant de l'Ankou fera taire l'orfraie,
Narguant toute beauté dans l'ombre d'un vieux mur.
Le passant égaré sent alors la démence
Cisailler son cerveau, son c½ur se dérégler,
Tandis que « Yeun Elez » d'un seul coup va lâcher
Des hideux messagers la satanique vengeance...
" KARIGEL AN ANKOU"